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Fiche Document : 3600AKDOC01587 - GRENADE, MA GRENADE

 
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Type SUJET
Collection Gaumont Arkeïon (Arkeïon)
Documentaire
Durée 01:14:23
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3600AKDOC01587

Titres

Titre :  GRENADE, MA GRENADE

Dates

Prise de vue : 1936
1ère diffusion : 1967

Résumé catalogue

Comparaison entre l'Espagne de 1936 et l'Espagne contemporaine.

Résumé descriptif

Titre : Grenade, ma Grenade. Lieu : Espagne : Madrid, France : Pyrénées, Londres ; Nuremberg; Londres; Leningrad, Rotterdam, Berlin, Stalingrad Description : Film en entier sur Beta 119 BOBINE 8/8 Sur Beta 119 : Extraits décrits : TC : 10.22.20 “Le foreign office a trouvé une solution, il a mis LEON BLUM sur le devant de la scène”. TC : 10.22.28 Discours de BLUM (muet), plan moyen, centre de l'image. Commentaire : ...“en faisant passer la neutralité présentée par BLUM, les autres pays l'avaleraient plus facilement” . TC : 10.22.44. TC : 10.23.00. Ribbentrop au procès de Nuremberg. TC : 10.28.35 - 10.28.46. Prisonniers de guerre français libérés en Allemagne en 1945 saluent, debout dans camion ouvert avec drapeau français. TC : 10.57.00 -11.00.13. MIKHAIL KOLTSOV. Puis HEMINGWAY dans les tranchées ( TC : 10.58.26 à 10.58.56), GUERRE d'ESPAGNE, puis Congrès mondial des écrivains (de la culture ? ) à Madrid en 1937. Présence de MALRAUX, D' ILYA EHRENBOURG TC : 11.04.30 - 11.11.20. Passage de la frontière française par les républicains espagnols, camps d'internement en France, 1944 lettre de LEON BLUM, troupes d'occupation allemandes en Europe, Rotterdam en feu, parallèle entre l'Espagne 1936 et BERLIN en 1945, défilé de la légion Condor à BERLIN, prisonniers à Stalingrad, MADRID en 1936, blessés après combats dans campagne - fin du film (Egalement sur la BETA 304). TC : 11.04.07. Réfugié espagnol dans la neige réchauffe les pieds nus d'une enfant qu'il porte dans ses bras auprès d'un feu de bois. TC : 11.04.32, des avions menaçants traversent le ciel. TC : 11.04.35 passage de la frontière, des gendarmes fouillent les valises des républicains réfugiés. TC : 11.04.38, un train passe, des enfants collés au carreau , font le salut républicain, le poing levé. Colonne de républicains en marche dans les montagnes. TC : 11.04.50: des dizaines de bras tendus font le salut fasciste , nombreuses femmes. TC : 11.05.05, différents plans du poing fermé du salut antifasciste. TC : 11.05.25, réfugiés espagnols en exode. TC : 11.05.40 camp d'internement en France pour les républicains espagnols. TC : 11.05.50 1944, lettre de LEON BLUM “idéologue de la non-intervention” au chef du camp (Obersturmführer) où il se trouve depuis 2 ans, lettre à caractère privé, demande de dentiste. TC : 11.06.25 BLUM, assis dans un fauteuil. TC : 11.06.33, gros plan sur stylo et lettre de BLUM. TC : 11.06.44 : Bombardement de LONDRES :immeuble en ruines et en flammes, pompiers essayent d'éteindre le feu avec une lance, silhouttes à contre-jour passent le long d'une rivière (la Tamise ?). TC : 11.06.57, défilé d'allemands sous l'arc de triophe à PARIS. TC : 11.07.09 scène d'exode, charrettes, ballots. TC : 11.07.13 Gros plan sur mains qui déposent les armes. Epoque : 1936 - 1945 BOBINE 1/8 Sur Beta 305 :TC : 18.11.00 - 18.20.46 - GRENADE MA GRENADE bobine 1 en entier - correspond aux TC de 10.00 à 10.09.12 sur le master complet du film (Betacam N°119) BOBINE 2/8 Sur Beta 305 : TC de 18.25.35 à 18.35.26 - GRENADE MA GRENADE bobine 2 en entier - correspond aux TC de 10.09.12 à 10.18.56 sur le master complet du film (Betacam N°119) BOBINE ? Sur Beta 304 : TC : 21.12.20 - 21.17.29. Extraits décrits :TC : 21.12.20 - RibbentroP au procès de Nuremberg, LEON BLUM, son discours sur la non-intervention (en Espagne) (discours sans son), Chamberlain, ruines à Londres après bombardement, MADRID sous les bombes, les gens courent se réfugier dans les abris, HITLER et Goering, pilotes allemands reçoivent décorations, à MADRID après bombardements on dégage victimes civiles des ruines. TC : 21.15.30 - enfants espagnols expédiés en URSS, leur accueil à LENINGRAD, images du blocus de LENINGRAD, général Rodintsev à Stalingrad - TC : fin à 21.17.29 - correspond aux TC de 10.23.05 à 10.28.05 sur le master du film (Beta N°119). TC : 21.23.12 - combats dans les montagnes du bataillon des brigades internationales " Garibaldi " (italien), fascistes italiens prisonniers des républicains, maintenant convaincus à la cause républicaine, commissaire des brigades internationales Luigi Longo (TC : 21.24.48 - correspond aux TC de 10.38.32 à 10.39.28 sur le master 119) BOBINE 8/8 Sur Beta 301 : Extraits décrits. TC : 12.30.00 - passage de la frontière française par les républicains espagnols, camps d'internement en France, 1944 lettre de LEON BLUM, troupes d'occupation allemandes en Europe, Rotterdam en feu, parallèle entre l'Espagne 1936 et BERLIN en 1945, défilé de la légion Condor à BERLIN, prisonniers à Stalingrad, MADRID en 1936, blessés après combats dans campagne - fin du film - à 12.37.12. Correspond aux TC de 11.04.30 à 11.11.20 sur le master complet du film (Betacam N° 119) Type : documentaire. Betas : 119. TRADUCTION : DV N° A 038 TC 10.00.00 – DV 1.24.45. Carton. Studios de films documentaires, Moscou, 1967. Dans le film sont utilisées des images tournées par R.Karmen et B.Makasseïev pendant la guerre nationale révolutionnaire d ’ Espagne et des images des archives d ’ URSS, de RDA, de France et d ’ Angleterre. Auteurs : Roman Karmen et Constantin Simonov. TC 10.00.53 – DV 1.25.38. Simonov : Bien qu ’ il contienne peu de poésie, nous avons décidé d ’ appeler ce film : « Grenade, Grenade, ma Grenade Rappelez-vous, il a quitté sa chaumière Pour aller combattre Pour aller donner la terre de Grenade aux paysans. » Nous dédions ce film aux amis de l ’ Espagne, aux membres des brigades internationales, aux volontaires soviétiques, vivants ou morts sur la terre espagnole. TC 10.01.30 – DV 1.26.13. L ’ un de nous, moi, n ’ est pas allé en Espagne. Comme beaucoup de gens de ma génération, j ’ aurais voulu y aller, mais je n ’ y suis pas allé. Mais d ’ autres y sont allés et ont vu de leurs yeux l ’ Espagne de cette époque. TC 10.01.45 – DV 1.26.29. Karmen : Il y a trente ans, avec Boris Makasseïev, nous avons franchi la frontière espagnole, la caméra sur l ’ épaule. C ’ était il y a longtemps, très longtemps. TC 10.02.10 – DV 1.26.49. Comme vous le voyez, nous nous sommes filmés l ’ un l ’ autre avec Boris, lors de ce jour mémorable pour nous où nous avons franchi la frontière espagnole. Et voilà nos premières images des combattants. Elles datent du 20 août 1936. Nous les avons filmées alors que nous venions de franchir la frontière. Moscou attendait impatiemment de voir sur l ’ écran les Espagnols combattre les fascistes. TC 10.02.33 – DV 1.27.18. C ’ était il y a très longtemps, mais l ’ Espagne est entrée dans ma vie. Et tout ce que j ’ y ai vu et senti est inscrit dans ma mémoire pour toujours. TC 10.02.43 – DV 1.27.28. Récemment, après une absence de trente ans, je me suis retrouvé dans les rues de Madrid avec un passeport de touriste et une caméra amateur. Au cours de ces trente années, comme j ’ ai souvent pensé au fait de revoir ces rues, alors couvertes de barricades, de revoir le pont de Tolède où les défenseurs de Madrid avaient arrêté les fascistes ! TC 10.03.12 – DV 1.27.57. Ici, sur la place Sibeles ( ?), sur les escaliers de cette même station de métro, les gens fuyaient sous terre pour échapper aux bombes. Et ce cinéma Capitol passait le film soviétique « Nous les marins de Cronsdadt ». Les soldats de Madrid assiégée voulaient savoir comment s ’ était battu le Petrograd révolutionnaire et venaient faire la queue devant ce cinéma depuis le front qui se trouvait tout près. Se peut-il vraiment que trente années se soient écoulées depuis ? TC 10.03.41 – DV 1.28.26. Dans les rues de Madrid, de Séville, de Barcelone et de Tolède, je scrutais les visages des gens de mon âge, leur demandant mentalement : « Vous souvenez-vous de ce dont je me souviens ? Ces images vous reviennent-elles aussi souvent qu ’ à moi ? ». Mais je regardais peut-être avec encore plus intérêt les visages des jeunes Espagnols, parce que l ’ avenir de l ’ Espagne leur appartient. C ’ est à vous qu ’ il appartient et non à cet homme vieilli, qui a serré les mains de ces gens [images de rencontre Franco – Hitler ] qui ont fait de lui le dictateur de l ’ Espagne, qui a eu l ’ habileté de rester impuni, mais qui sent à présent la situation lui échapper de plus en plus parce que, dans les rues de l ’ Espagne franquiste, avec les ouvriers en grève d ’ Asturies, vous, jeunes Espagnols, vous élevez la voix, pleins de haine pour le régime tyrannique. TC 10.04.45 – DV 1.29.31. Je n ’ ai parlé à aucun de vous, j ’ ignore ce que vous pensez du passé. Mais je connais autre chose, je connais cette période de votre histoire que, selon les langues, certains appellent : « la guerre civile espagnole », « la victoire des forces nationales sur les rouges », « la tragédie espagnole », cette période de votre passé dont on vous cache encore toute la grandeur et toute la tristesse. Et je sais encore une chose : on ne doit jamais rien rejeter du passé. Personne ne peut effacer de l ’ histoire ce qu ’ a vécu l ’ Espagne entre 1936 et 1939. Comme j ’ aimerais partager avec la jeunesse, non seulement celle de mon pays, mais aussi avec la jeunesse d ’ Espagne, ces pages d ’ histoire de votre passé que j ’ ai filmées dans ces mêmes rues ! TC 10.05.53 – DV 1.30.37. Et ces mêmes pensées m ’ habitaient alors que nous travaillions dans les archives, sur les images de ce qu ’ on appelle le plus souvent, dans toutes les langues du monde : « la tragédie espagnole », cette tragédie qui fut le prologue d ’ une autre tragédie, qui ébranla le monde entier, la seconde guerre mondiale. TC 10.06.13 – DV 1.30.57. Avec Simonov, nous nous sommes promenés dans les rues du Madrid nocturne, avons regardé les affiches de cinéma. TC 10.06.21 – DV 1.31.07. [Voix de Simonov] Nous nous sommes promenés ensemble et nous nous sommes dit que, peut-être, nous reviendrions à Madrid, et verrions ce film ensemble. TC 10.06.30 – DV 1.31.16. Carton. GRENADE, GRENADE, MA GRENADE… TC 10.06.40. Lors de l ’ été 1936, j ’ étais étudiant et connaissais très peu de choses de l ’ Espagne. C ’ était dans mon imagination, un pays d ’ oliviers( ?), d ’ intrépides matadors, l ’ Espagne de Christophe Colomb, de Cervantès et de Don Quichotte. TC 10.07.05 – DV 1.31.50. Nous savions qu ’ en Espagne récemment, après les élections, avait été crée pour la première fois un gouvernement de front populaire. On a beaucoup discuté de savoir si ce gouvernement était juste. Quoi qu ’ il fût, c ’ était un gouvernement légitime, élu par la majorité des suffrages, une République qui porta le premier coup au féodalisme espagnol. Il essaya d ’ alléger le sort des ouvriers et des paysans, décréta une première loi sur la terre, promettait un avenir meilleur aux gens qui travaillaient sur cette terre. Tout cela fut balayé par la rébellion fasciste. TC 10.07.52 – DV 1.32.36. Tout récemment, les fascistes grecs ont encore rappelé au monde comment cela se passe. TC 10.08.05 – DV 1.32.50. Revenons cependant à l ’ Espagne. En 1936, avec le slogan « Ariba Espana » = « Reprends courage, Espagne », Franco a commencé par lancer contre son peuple des légions marocaines venues d ’ Afrique, et des junkers hitlériens qui nous sont bien connus. TC 10.08.30 – DV 1.33.14. « Dans toute l ’ Espagne il y a un ciel sans nuages », ce signal qui déclencha la tourmente fasciste m ’ est toujours resté en mémoire à cause de son cynisme : « un ciel sans nuages ». TC 10.08.45 – DV 1.33.29. Les premiers jours, ils ne bombardèrent pas Madrid, ils comptaient le prendre sans ça. TC 10.08.50. De façon générale, les fascistes aimaient la Blitzkrieg (guerre éclair). Plus tard, Hitler promettrait d ’ envahir la Russie en six semaines. TC 10.09.00 – DV 1.33.45. En 1936, Franco espérait entrer dans Madrid en un mois et prendre Barcelone. TC 10.09.15 – DV 1.33.59. J ’ ai vu Barcelone pour la première fois en août 1936. Il y avait seulement un mois que, dans des combats de rues, des détachements ouvriers de Barcelone avaient défait les fascistes rebelles. Fort de sa première victoire, le peuple croyait que les rebelles seraient bientôt vaincus partout. Heureuse Barcelone, malheureusement alors trop insouciante à cause de l ’ influence anarchiste, particulièrement forte ici. Les voilà les anarchistes, parcourant les rues sur leurs camions, avec leurs armes. TC 10.10.15 – DV 1.34.57. Dans l ’ arène de la corrida, les spectateurs saluaient les volontaires qui partaient au front et qui devraient combattre les fascistes plus vite que prévu à Saragosse, et dans les montagnes Sierra de Guadarrama, à trente kilomètres de Madrid. TC 10.10.37 – DV 1.35.22. A présent, après avoir vécu plusieurs guerres de ce siècle, je note dans ces images la marque des premiers combats : les uns tiennent un fusil pour la première fois de leur vie, d ’ autres ne peuvent s ’ habituer à la vue du sang, beaucoup de balles perdues, de pertes superflues, un manque de maîtrise de soi, d ’ expérience, mais le courage est là, ainsi que la ferme volonté de ne pas céder Madrid aux fascistes. TC 10.11.15 – DV 1.35.56. Madrid, telle que nous l ’ avons filmée au début de l ’ automne 1936. Ce n ’ était pas encore une forteresse assiégée. Bientôt, très bientôt nous verrions Madrid dévasté par les bombes, affamé, entouré de barricades, Madrid qui rentrera dans l ’ histoire comme un symbole de fermeté. A présent il est déjà sur ses gardes ; les premières sirènes retentissent. TC 10.11.50 – DV 1.36.34. On prépare les bombes des junkers allemands qui, pour la première fois depuis la première guerre mondiale, tomberont sur une capitale européenne, tueront des femmes et des enfants. Et par la suite sera détruit Guernica, qui inspira ensuite un grand tableau au grand peintre espagnol Picasso. TC 10.12.15 – DV 1.37.00. La première ville rayée de la carte du monde. Ces événements troubleront le monde entier. TC 10.12.25 – DV 1.37.08. Je me souviens bien du moment où nous avons appris la nouvelle à Moscou, lorsque la rébellion fasciste s ’ est déclenchée en Espagne. En Union soviétique, la vie était alors difficile, nous n ’ étions pas riches. Le pouvoir soviétique n ’ était arrivé qu ’ en 1919. Après la Révolution, appauvris par la guerre, entourés de pays hostiles, nous ne chômions pas : les premiers kolkhozes, les premières brigades de travailleurs d ’ élite, les premières stations de métro, les premiers avions au Pôle ; bref, nous étions bien occupés par nos propres affaires urgentes. Il convient de se rappeler qu ’ alors, les gens qui vivaient dans notre pays et le construisaient de leurs propres mains étaient mal habillés et souffraient de bien des privations. Mais quels que fussent nos propres soucis, quand la rébellion fasciste éclata dans la lointaine Espagne et que les premières bombes tombèrent sur les femmes et les enfants de Madrid, le pays des soviets réagit. TC 10.13.30 – DV 1.38.13. Je vivais à Moscou et je me souviens de ce jour sur la place Rouge. Le même jour, les habitants de Leningrad se rassemblèrent devant le palais d ’ Hiver. TC 10.13.40 – DV 1.38.27. Ce n ’ étaient pas des vains mots. Quelques semaines plus tard, les premiers navires soviétiques arrivèrent dans les ports d ’ Espagne avec des médicaments pour les blessés, de la nourriture pour les affamés. TC 10.14.14 – DV 1.38.55. Vous voyez cet homme aux cheveux blancs. C ’ est Antonov-Ovseienko, le consul soviétique à Barcelone. Son nom est lié à la prise du palais d ’ Hiver, au renversement du gouvernement provisoire, et encore à notre première aide fraternelle au peuple d ’ Espagne. C ’ est la dernière mission qu ’ il put accomplir dans sa vie qui prit fin tragiquement. TC 10.14.50 – DV 1.39.37. A présent, dans beaucoup de villes du monde, on peut rencontrer de nombreuses personnes, déjà plus très jeunes, qui ont lutté en Espagne pour la République et contre le fascisme. On peut les rencontrer à Moscou aussi. On les appelle « ceux d ’ Espagne ». Ils ont apporté en Espagne d ’ abord des médicaments et des provisions, et puis ensuite des armes, comme ce capitaine au long cours Gueorgui Medensev. Ils ont été en Espagne aviateurs, comme Gueorgui Zakharev ; conducteurs de chars comme Alexandre Vetrov ; TC 10.15.38 – DV 1.40.20. ou alors conseillers militaires comme Mikhail ( ?) ; traduisirent sous les balles de l ’ espagnol en russe et du russe en espagnol comme Léna Mamsaïeva ; apprirent aux ouvriers espagnols à se servir d ’ une mitrailleuse comme Alexandre Radimtsev ; combattirent dans les brigades internationales comme P.Batov ( ?) ; luttèrent contre les fascistes dans le ciel de Madrid comme ces deux-là, de la même escadrille, Boris Smirnov, Russe de Samara et Walter Karauss ( ?), de la ville autrichienne de Linz, qui érigèrent aussi des barricades à Madrid. TC 10.16.23 – DV 1.41.07. Nous ne sommes plus à Moscou, mais à Berlin. Pendant la guerre, il n ’ y avait pas de noms plus opposés que ceux de Moscou et de Berlin. Mais les antifascistes allemands ont défendu le nom de leur peuple en Espagne et aujourd ’ hui, comme à Moscou et à Varsovie, à Prague et à Belgrade, à Berlin on peut aussi rencontrer des gens qu ’ on appelle « ceux d ’ Espagne ». TC 10.16.50 – DV 1.41.33. C ’ est l ’ ancien commandant de la 11e brigade internationale, l ’ écrivain Ludwig Renn. Et lui, c ’ est l ’ ancien commandant d ’ un corps du bataillon Thaelmann, l ’ académicien Edouard Klaudius. TC 10.17.01 – DV 1.41.46. Lui, c ’ est un soldat et un chanteur des brigades internationales, Ernst Busch. Ensuite, après la guerre, j ’ ai écrit une chanson sur cet homme : « Berlin, (…) Allemand blessé en Espagne, (etc.) » Je ne connais personne qui ait combattu en Espagne et qui ne souvienne pas de sa chanson. [Chanson en allemand] TC 10.18.58 – DV 1.43.42. Qui sont ces gens, qui sont venus ici en Espagne combattre le fascisme ? Ils franchissent illégalement les frontières de Bulgarie et de Pologne, se rassemblent à Genève où ils retrouvent ceux qui fuient Hitler, qui a pris le pouvoir en Allemagne. Qui sont-ils ? Des communistes, des socialistes, des catholiques, des sans parti. Ce sont des gens très différents : des intellectuels, des ouvriers, des paysans, qui ont quitté leur famille et leur travail à Londres, à Rotterdam, à Paris, à New York, pour devenir soldats au service de la République espagnole. Les premiers détachements des brigades internationales vont au front, près de Madrid. TC 10.19.49 – DV 1.44.33. Hitler et Mussolini aident déjà les fascistes espagnols depuis longtemps, depuis le début. Des avions militaires allemands franchissent la frontière allemande. Des tanks italiens rejoignent les rebelles par convois entiers en passant par les ports qu ’ ils contrôlent. Les Allemands déchargent eux-mêmes les armes qu ’ ils ont fait passer par le Portugal. Au même moment, certains prônent la non intervention pour le maintien de la paix mondiale… TC 10.20.28 – DV 1.45.11. Que pouvais-je dire alors, près de Saragosse, à ces paysans armés de fusils de chasse, sur ces messieurs du comité de non intervention réunis à Londres ? TC 10.20.40 – DV 1.45.24. Londres à l ’ époque. Le représentant de l ’ Allemagne fasciste au comité, Joachim von Ribbentrop ; l ’ ambassadeur d ’ Italie Grandi. TC 10.20.55 – DV 1.45.39. Et lui, c ’ est le président du comité de non intervention, Lord Plimouth. Rendons-lui justice : il a tout fait pour ne pas empêcher la victoire de Franco. TC 10.21.05 – DV 1.45.50. Notre ambassadeur à Londres, Ivan Mikhailovitch Maïski. Il a dû mener une lutte acharnée durant de long mois dans ce comité de non intervention. TC 10.21.15 – DV 1.46.00. [Interview de ce dernier] Chamberlain et Daladier jugeaient que pour des raisons stratégiques, c ’ est-à-dire pour que Hitler attaque l ’ Union soviétique, il fallait sacrifier l ’ Espagne. Et c ’ est ce qu ’ ils ont fait. Mais sous quelle forme ? Ils ne pouvaient pas ouvertement soutenir Franco, parce que les opinions publiques anglaise et française étaient résolument contre Franco, contre le fascisme, et pour la République espagnole. Les Anglais ont trouvé une solution : la neutralité. De cette manière, ils s ’ apprêtaient à étouffer la République espagnole par la faim, une faim armée. Tous les Etats d ’ Europe s ’ accordèrent sur la non intervention. On mit en avant Blum, le premier ministre français socialiste, car on estimait que si la proposition de neutralité venait de Blum, les autres pays l ’ accepteraient plus facilement. TC 10.22.40 – DV 1.47.27. Pendant ce temps, la légion fasciste allemande Condor se trouve depuis longtemps chez Franco. TC 10.23.00 – DV 1.47.45. Et pour Ribbentrop, à Londres, la victoire du fascisme en Espagne est la première étape de la victoire du fascisme en Europe, puis dans le monde entier. Je l ’ ai filmé quelques années plus tard au procès de Nuremberg, et dans l ’ escalier de la prison, quelques instants avant qu ’ il ne fût pendu. TC 10.23.25 – DV 1.48.09. Le premier ministre français, le socialiste Léon Blum estimait que la non intervention dans l ’ affaire espagnole éviterait à son pays un conflit avec l ’ Allemagne fasciste. La non intervention, la non intervention. TC 10.23.50 – DV 1.48.33. Le premier ministre anglais, Neville Chamberlain, estimait aussi qu ’ en sacrifiant l ’ Espagne à Hitler et Mussolini, il préservait la paix en Europe occidentale. Bientôt, il devrait se réfugier dans des abris pour échapper aux bombes lancées sur Londres par ses collègues du comité de non intervention. Mais nous n ’ en sommes pas encore là. Ce n ’ est pas encore le tour de Londres. TC 10.24.10 – DV 1.48.55. Pour l ’ instant, les aviateurs fascistes lancent des bombes sur Madrid. TC 10.26.24 – DV 1.51.09. Les enfants espagnols. On les envoie dans la lointaine Russie soviétique pour les sauver des bombes. TC 10.27.00 – DV 1.51.45. Leningrad accueillait les enfants espagnols en ignorant quelles souffrances le fascisme lui préparait à lui, à Leningrad, à ses enfants, seulement quatre ans plus tard. TC 10.27.17 – DV 1.52.02. J ’ ai filmé les enfants espagnols là, à Bilbao, quand ils partaient vers mon pays. Pensai-je alors que dans quelques années, nous devrions filmer cette ville militaire couverte de glace, Leningrad, la Nevski au moment du blocus ? Devinions-nous, mes amis cameraman et moi, où et quand nous devrions filmer ces gens que nous avions rencontrés près de Madrid, à Huesca, à Bilbao ? TC 10.27.50 – DV 1.52.33. A Stalingrad en 1942, commandant du 13e régiment de la garde, le général Rodintsev, qui a reçu une seconde étoile comme héros de la bataille Stalingrad. Sa première étoile, il l ’ a gagnée à Madrid. TC 10.28.08 – DV 1.52.53. En février 1943, toujours à Stalingrad, le maréchal Von Paulus a été fait prisonnier par le général Choumilov. TC 10.28.21 – DV 1.53.05. Choumilov, quatre ans auparavant, conseiller militaire dans les derniers jours de Madrid. TC 10.28.27 – DV 1.53.11. En 1943, le maréchal d ’ artillerie Voronov ( ?) sur le front de Kalinine. A Madrid, on l ’ appelait « colonel Voltaire ». TC 10.28.37 – DV 1.53.20. 1945, en Allemagne, l ’ armée du général Kalpakchi ( ?) libère des Français prisonniers. Le même homme, appelé « colonel Kolev », en 1937, était conseiller dans l ’ armée républicaine. TC 10.28.54 – DV 1.53.39. En 1945, dans les rues de Budapest, le maréchal Malinovski. En 1937, dans les tranchées près de Madrid, le colonel Malino, conseiller au front central. TC 10.29.07 – DV 1.53.52. En 1945, devant les dernières poches de résistance de la Prusse orientale, le commandant Batov au poste d ’ observation. En 1937, à Huesca, Pavel Batov était conseiller à la 12e brigade internationale. « Pablo Fritz ». Son pseudonyme s ’ est ensuite avéré mal choisi. TC 10.29.30 – DV 1.54.13. C ’ est à propos de ces gens que j ’ ai plus tard écrit ces vers : « Sous le feu (…) à Madrid et à Stalingrad (…) » Cela a commencé ici, en Espagne. Cela a fini là, à Vienne, à Köningsberg, à Berlin. TC 10.29.58 – DV 1.54.42. Sur proposition de nos camarades allemands, la rencontre des antifascistes du monde entier qui ont combattu le fascisme en Espagne se tient ici, à Berlin, où est mort Hitler, sans l ’ aide duquel Franco ne serait jamais devenu le dictateur de l ’ Espagne. TC 10.30.16 – DV 1.55.01. A Moscou, la tombe du soldat inconnu. Aujourd ’ hui, les vieux combattants espagnols pour la République passent devant cette tombe et beaucoup d ’ entre eux sont aussi d ’ anciens soldats de la seconde guerre mondiale. Des rives de la Baltique à celles de la mer Noire, nombreuses sont les tombes des combattants espagnols qui ont continué la lutte contre le fascisme. TC 10.30.38 – DV 1.55.22. Ces jeunes garçons, trois frères : Armando, Hector, Viadiou, sont tous morts sous des tanks lors d ’ un même combat près de Leningrad. TC 10.30.48 – DV 1.55.34. Une jeune fille de Madrid, élevée dans l ’ orphelinat pour enfants espagnols de Leningrad, est morte sur le front. TC 10.31.05 – DV 1.55.44. L ’ instituteur X, qui avait commencé à se battre contre les fascistes chez lui, en Espagne, est mort en Biélorussie. TC 10.31.16 – DV 1.55.57. Parmi les miliciens espagnols qui se sont battus près de Moscou, peu sont encore vivants. Moscou n ’ oubliera pas leurs exploits. TC 10.31.23 – DV 1.56.07. En Crimée, le monument aux partisans espagnols morts au combat à Kertch. Une mère est venue sur la tombe de son fils, Dolorès Ibarruri, président du parti communiste d ’ Espagne. Ruben Ibarruri, héros de l ’ Union soviétique, était mitrailleur. Regardant Dolorès sur la tombe de son fils, je me rappelle que l ’ Espagne fut la première à se dresser sur le chemin du fascisme, et que là, dans les tranchées près de Madrid, cette communiste espagnole a dit des mots simples ensuite devenus célèbres : « mieux vaut mourir debout que vivre à genoux ». Nous nous sommes souvenus de ces paroles, dans Moscou assiégée, à Stalingrad, où est mort son fils combattant à nos côtés. TC 10.32.28 – DV 1.57.13. En 1942, à Stalingrad, Richthoffen ( ?). En 1936, en Espagne, la légion Condor parade sous le commandement de Richthoffen. Tandis que le comité de non intervention siégeait à Londres, les fascistes allemands et italiens intervenaient de plus en plus violemment dans la guerre civile espagnole. Regardez-les. Ils lanceront encore leurs bombes sur Varsovie, Coventry, Stalingrad. Et croyez bien qu ’ alors, en Espagne, ils devinaient mieux l ’ avenir proche de l ’ Europe que ces gentlemen qui étudiaient la question espagnole. TC 10.33.10 – DV 1.57.54. Cependant, ce ne sont pas seulement les fascistes partis aider Franco qui devinent l ’ avenir de l ’ Europe, mais aussi ces gens, qui traversent les frontières pour défendre l ’ Espagne du fascisme. Et parmi eux, il y a aussi beaucoup d ’ Allemands. Seulement, ils ne s ’ appellent pas « légion Condor », mais « bataillon Thaelmann ». Et ils partent combattre le fascisme germano-espagnol parce qu ’ alors, ce sont eux qui, mieux que quiconque, savent ce que c ’ est que le fascisme, les allemands antifascistes, les hommes de Thaelmann. Hitler leur a pris leur patrie, à Berlin. Mais ils l ’ ont reconquise dans les tranchées de Madrid. Ce n ’ est pas moi qui le dit mais Anna Seghers alors, là-bas, à Madrid. TC 10.34.04 – DV 1.58.48. Naturellement, il n ’ y a pas que les Allemands à connaître le fascisme. Le connaissent aussi ces gens qui se battent sous les drapeaux des brigades internationales. Ils donnent à leurs bataillons les noms de Garibaldi, Tchapaiev, Dombrovski, Lincoln, Commune de Paris, Dimitrov. Ils parlent 17 langues. Ils protègent du fascisme non seulement l ’ Espagne, mais le monde entier. Ils devinent qu ’ ici, en terre de Castille, ils entament un combat qui se prolongera dans leur Varsovie, Belgrade, Bruxelles, Oslo, Londres, Paris…et Moscou natals. TC 10.34.43 – DV 1.59.29. Quand aujourd ’ hui, trente ans plus tard, se rencontrent les anciens volontaires des brigades internationales, ils se rappellent leur jeunesse, leurs camarades. Combien de combats n ’ ont-ils pas vécu ! Pour eux, le plus important, c ’ était cet esprit internationaliste, qui fut le souffle vital de la République espagnole. TC 10.35.08 – DV 1.59.52. [Interview] Fin octobre-début novembre, je me suis trouvé dans la famille des brigades internationales, une petite collectivité comptant 17 nationalités. TC 10.35.26 – DV 2.00.08. [Autre interview] Les brigades étaient très internationales. Il y avait des Espagnols, des Français, il y avait même deux antifascistes américains. TC 10.35.32 – DV 2.00.17. [Autre interview] Notre régiment se composait d ’ antifascistes de 15 nationalités : des Allemands, des Autrichiens, des Tchécoslovaques, des Bulgares, des Italiens, des Anglais, des Américains. TC 10.35.50 – DV 2.00.32. [Autre interview] Avec nous, nous avions des Espagnols, des Yougoslaves, des Autrichiens et puis des volontaires soviétiques. TC 10.35.58 – DV 2.00.43. [Première interview] La première chose qui m ’ a marquée, lorsque j ’ étais dans la 12e brigade internationale, c ’ est nos premiers pas vers le front à Albacete. Il y avait quatre bataillons (le bataillon Thaelmann, le bataillon Dombrovski et un bataillon italien…Garibaldi) sur une grande place carrée. (…) On s ’ est mis à chanter l ’ Internationale en 12 langues. Ca, c ’ était de la musique ! Je respecte Chostakovitch et …, mais aucune musique ne m ’ a jamais fait un tel effet. Je n ’ étais pas le seul. Mon camarade près de moi s ’ est mis à pleurer, tellement l ’ émotion était forte. TC 10.37.07 – DV 2.01.51. En Espagne, j ’ ai pris peu de photos, mais voilà une photographie de cette époque. On y voit l ’ écrivain hongrois Mattezalke. TC 10.37.18 – DV 2.01.59. Le général Lukacz, commandant de la 12e brigade internationale. Il est mort près de Huesca. Quand j ’ ai appris la nouvelle de sa mort à Moscou, je ne pouvais y croire et j ’ ai écrit ces vers : « A Moscou j ’ ai appris qu ’ une grenade allemande l ’ avait tué dans la bataille d ’ Huesca. Mais je ne crois personne. Il devait combattre encore, revoir son Budapest. Il est vivant ! » Non, il est mort près de Huesca sans assister à la libération de son Budapest natal. Mais, avant de mourir, il a fait tout ce qu ’ il a pu en Espagne. TC 10.38.03 – DV 2.02.48. Sa 12e brigade a combattu près de Madrid, puis près de Brunete, sur le Jarama ( ?), à Guadalajara, quand elle fut lancée avec la division espagnole de Lister contre le corps expéditionnaire italien fasciste qui allait sur Madrid. TC 10.38.25 – DV 2.03.10. Dans la 12e brigade internationale, il y avait un bataillon antifasciste italien, nommé Garibaldi. Un des participants à la bataille de Guadalajara m ’ a raconté que, quand on a cherché qui envoyer en première ligne contre les fascistes italiens, le commandant du bataillon Garibaldi a demandé qu ’ on les envoie eux, en disant : « C ’ est notre affaire. Personne mieux que nous, les Italiens, ne connaît mieux les fascistes de notre pays ». TC 10.38.55 – DV 2.03.39. J ’ ai vu la défaite de ces fascistes près de Guadalajara. Bien sûr, tous ces soldats de Mussolini faits prisonniers n ’ étaient pas fascistes. Beaucoup avaient été dupés. Et une fois faits prisonniers, ils levaient le poing en signe de protestation contre le fascisme après avoir entendu les explications de leur compatriote Luigi Longo, commissaire des brigades internationales, maintenant chef des communistes italiens. TC 10.39.28 – DV 2.04.10. Ces gens ont eu des destins très différents. Par exemple, ces deux-là ; l ’ un, Pietro Meni, est devenu vice premier ministre d ’ Italie, et l ’ autre, auquel il met un bandage, fut ensuite ministre de la guerre dans le gouvernement Di Gaspi. TC 10.39.49 – DV 2.04.33. Oui, il arrive que certains refusent de se souvenir de certaines pages de leur passé, qu ’ ils les effacent eux-mêmes, comme cela est arrivé pour l ’ Allemand Regler, ou le Français Marty. Et il nous est difficile d ’ imaginer qu ’ ils défendirent le drapeau des brigades internationales, auquel restent liés les noms du hongrois Mattezalke ( ?), de l ’ Allemand Dalema ( ?), du Bulgare Nakazorski( ?), du Yougoslave Tchopitch ( ?), du Polonais Svertchevski, de l ’ Anglais Falks, mort prématurément au combat, et des milliers d ’ autres noms de gens qui ont donné leur vie pour la République espagnole. TC 10.40.55 – DV 2.05.40. Les brigades internationales devinrent la partie principale de l ’ armée républicaine combattante. Pour qu ’ elle devienne telle que vous la voyez sur ces images, il a fallu beaucoup travailler, beaucoup apprendre, apprendre, et encore apprendre. TC 10.41.20 – DV 2.06.05. Le célèbre 5e régiment communiste a été formé au plus chaud du combat. Il a donné naissance à tant de brigades et de divisions républicaines ! Il a donné de jeunes commandants talentueux, communistes, comme Modesto, Lister et bien d ’ autres, sortis du peuple, du milieu ouvrier ou paysan. Ils se sont battus contre les fascistes et sont demeurés fidèles au peuple et à la loi du gouvernement de la République, ces anciens officiers et cadres de l ’ armée : Sisneros, le général Pozas. TC 10.42.02 – DV 2.06.46. L ’ armée de la République mûrissait dans les combats, bien que sa situation demeurât difficile, très difficile. TC 10.42.15. Les armes manquaient beaucoup, manquaient toujours, du début à la fin. Chaque obus était cher, chaque arme, chaque tank. On avait besoin d ’ aide. TC 10.42.32 – DV 2.07.16. En dépit des obstacles, des sous-marins italiens qui leur barraient la route, cette aide arriva néanmoins. A l ’ automne 1936, bien avant Guadalajara, les premiers avions soviétiques arrivèrent en Espagne, les premiers tanks soviétiques. TC 10.42.53 – DV 2.07.38. Qui vint de Russie pour mener le premier combat de sa vie près de Madrid ? Qui conduisait ces tanks ? Qui se trouvait dans ces avions que les Espagnols appelaient affectueusement « nez en trompette », soit à cause de la forme des avions eux-mêmes, soit à cause de leurs pilotes ? TC 10.43.27 – DV 2.08.12. On pourrait raconter beaucoup d ’ histoires mais j ’ en dirais une, que je connais bien, là, en Espagne. Voilà où il est mort, non près de Madrid, mais près de Leningrad. Il s ’ appelait Ivan, Ivan Zouev. Il est né dans la région de Gorki, fut komsomol dans les années 20, devint conducteur de chars, partit en Espagne comme volontaire, prêt à mourir sur la terre espagnole. Mais bien qu ’ il ait participé à de nombreux combats en Espagne, il ne mourut pas là. Il est mort près de Leningrad, après avoir tiré toutes ses cartouches sur les fascistes, sauf la dernière, qu ’ il se réservait. [Chanson « Grenade, ma Grenade »] TC 10.46.19 – DV 2.11.03. Ceux de Saratov, de Rostov, de Kharkov, de Iaroslav, combien de mers, de frontières, n ’ ont-ils pas traversées pour venir combattre le fascisme sur la terre espagnole ! TC 10.47.05 – DV 2.11.49. Quand les bombardiers allemands et italiens se firent de plus en plus souvent descendre pendant la journée au-dessus de Madrid, alors ils se mirent à bombarder la nuit. D ’ abord, ils purent le faire sans pertes, mais ensuite… TC 10.47.30 – DV 2.12.15. La nuit du 26, puis du 27, deux nuits de suite, il y eut pour la première fois dans l ’ histoire de l ’ aviation, des avions descendus de nuit par les aviateurs espagnols Carlos Mastiron (?) et Matteo Rodriguez. – Carlos Mastiron, c ’ est à dire… - C ’ est à dire moi, et Rodriguez, c ’ était le pseudonyme de Serov. TC 10.47.52 – DV 2.12.37. A gauche, c ’ est Anatoli Serov, à droite c ’ est l ’ interviewé, Mikhaïl Iakouchine. TC 10.48.00. Un autre de la même équipe, « les cinq de Serov », Boris Smirnov. TC 10.48.05 – DV 2.12.49. L ’ aérodrome n ’ était pas loin, à environ 15 kilomètres. Nous nous étions installés dans la cave d ’ une maison. Si je me souviens bien, c ’ était un ancien musée ou un ministère, mais il avait été évacué. Il ne restait plus qu ’ un petit vieux, un Suisse. Nous rentrions très tard, après avoir fini à l ’ aérodrome. D ’ abord, ce petit vieux nous a observés, étudiés. Puis j ’ ai remarqué que, lorsque nous rentrions, il marmonnait quelque chose en repliant ses doigts. Un jour, je lui ai demandé : « Padre, pourquoi tu nous comptes sur tes doigts à chaque fois que nous allons à l ’ aérodrome et à chaque fois que nous en revenons ? ». Il a été un peu troublé, puis il a souri et il a dit : « Comprenez-moi, je suis là toute la journée à me faire du souci pour vous. Je sais qu ’ il y a des combats aériens tous les jours au-dessus de Madrid. Qui sait si vous reviendrez tous ? C ’ est pourquoi je ne peux pas m ’ endormir tant que je ne vous ai pas vu tous rentrer et que je ne vous ai pas comptés. » TC 10.51.17 – DV 2.16.03. Oui, en Espagne, j ’ ai vu beaucoup de choses. Jour et nuit, les gens partaient sur les routes pour ne pas rester sous la botte du fascisme. TC 10.51.46 – DV 2.16.30. Est-il nécessaire d ’ expliquer quelle Espagne refusait de vivre sous la botte de Franco, qui le fuyait ? TC 10.52.30 – DV 2.17.16. A Madrid, on construisit des barricades. De jour en jour, on entendait de mieux en mieux la canonnade d ’ artillerie qui s ’ approchait. La nuit, on entendait la radio à Madrid : Burgos, Salamanque, Rome, Londres, Berlin diffusaient des émissions sur l ’ entrée triomphale des fascistes à Madrid, la parade sur la Puerta del Sol, le Te Deum à la cathédrale et un sinistre plan d ’ épuration de Madrid. TC 10.53.12 – DV 2.17.54. S ’ appuyant sur l ’ aide des Italiens et des Allemands, envoyant impitoyablement ses bataillons marocains au combat, Franco comptait prendre Madrid en quelques jours, par une attaque de quatre colonnes. Et la cinquième colonne devait entrer dans Madrid lui-même, comme l ’ annonça le général Mola. TC 10.53.43 – DV 2.18.28. La ville était inquiète. Il semblait que beaucoup d ’ éléments étaient favorables à Franco. Le ministre républicain de la guerre Largo Caballero avait quitté la ville pour Valence. C ’ était au général Miaja, vieux et faible, qu ’ avait été confiée en hâte la défense de la ville. TC 10.54.00 – DV 2.18.48. La plupart des journaux du monde annonçaient déjà la chute de Madrid, qu ’ ils pronostiquaient pour le 7 novembre. Une date qui n ’ était pas choisie au hasard, naturellement… Comme ils auraient aimé étouffer la République espagnole le jour anniversaire de la Révolution d ’ Octobre ! TC 10.54.20 – DV 2.19.05. Le 5 novembre, j ’ ai pris mon petit déjeuner avec Churchill. On a discuté politique. Nous n ’ étions pas d ’ accord et nous nous sommes même emportés. Mais finalement, Churchill m ’ a dit : « Ce n ’ est pas la peine de s ’ énerver pour ça. Vous avez vu les journaux aujourd ’ hui ? Dans deux ou trois jours, Franco sera maître de Madrid. Il n ’ y aura plus de question espagnole. » TC 10.54.50 – DV 2.19.39. Plus de trente ans se sont écoulés depuis. Mais je me souviens très bien. Nous étions tous les deux debout près de la fenêtre. Je lui ai répondu : « Monsieur Churchill, dans l ’ histoire de la guerre civile de notre pays, il y a eu des moments où beaucoup ont cru, et vous aussi, que les bolcheviks avaient perdu. Cependant, j ’ ai l ’ honneur de discuter aujourd ’ hui avec vous en qualité d ’ ambassadeur de l ’ Union des Républiques Socialistes Soviétiques.» TC 10.55.27 – DV 2.20.11. Madrid ne fut pas prise par les troupes de Franco, ni le 7, ni le 8, ni le 9 novembre. Elle ne fut pas prise ni en 1936, ni en 1937, ni en 1938. Madrid ne résista pas trois jours, comme le pensait Churchill, mais deux ans et demi. TC 10.55.55 – DV 2.20.40. Que les fascistes eussent été arrêtés près de Madrid, cela semblait un miracle à beaucoup, particulièrement les premiers jours. Mais pour nous qui avions vécu à Madrid, cela n ’ en était pas un. TC 10.56.24 – DV 2.21.08. Ne courant pas après les portefeuilles ministériels, le parti des communistes espagnols prit en main la défense de Madrid. Il réunit tous ceux qui voulaient se battre jusqu ’ au bout, et ils étaient nombreux, très nombreux, ceux qui voulaient se battre jusqu ’ au bout. Dans mon souvenir du Madrid de l ’ époque, ce sont d ’ abord les communistes espagnols qui me viennent à l ’ esprit : José Diaz, la Passionaria, Pedro Geco ( ?), Antonio Miji ( ?), Francisco Anton, Enrique Lister, Santiago Carrillo. Parce que ce sont eux qui, à la tête du peuple en armes, ont tout fait pendant deux ans et demi pour transformer Madrid en une forteresse inaccessible aux fascistes. TC 10.57.51 – DV 2.22.34. Les combats continuaient. Dans le monde entier, les gens comprenaient de mieux en mieux que l ’ Espagne luttait contre le fascisme. Des journalistes, des écrivains présents en Espagne témoignaient et communiquaient avec le monde par le téléphone et le télégraphe. TC 10.58.09 – DV 2.22.54. Voilà Mikhaïl Koltsov, que j ’ ai filmé dans les tranchées de Madrid. C ’ était un homme courageux et son livre « Journal d ’ Espagne » était un livre courageux. TC 10.58.20. Ilya Ehrenbourg. Comme il aimait l ’ Espagne ! Il écrivit beaucoup de là-bas à l ’ époque ! TC 10.58.27. Hemingway, je l ’ ai rencontré pour la première fois à Jamara ( ?), en pleine bataille. Il filmait alors un film avec Joris Ivens « La terre espagnole » et passait toutes ses journées dans les tranchées, sur le front, avec les combattants espagnols, les membres des brigades internationales, dont beaucoup étaient de ses amis. TC 10.58.57 – DV 2.23.41. En juillet 1937, le deuxième congrès international pour la défense de la culture se réunit en Espagne, sous les bombes allemandes. Il se réunit précisément ici, sur le front de la lutte contre le fascisme. On entendait les bruits de la guerre jusque dans la salle du congrès. TC 10.59.17 – DV 2.24.01. Il est impossible d ’ énumérer tous les représentants de la culture mondiale qui luttèrent les armes à la main en Espagne, écrivirent leurs articles dans les tranchées de Madrid ou y vinrent élever la voix pour défendre la République. Mais je veux maintenant rappeler quelques noms, outre ceux que nous avons déjà cités : Rafael Alberti, Maria Ereseleon ( ?), Martin Andersenex ( ?), Alexeï Tolstoï, André Malraux, Ergen Ervenkich ( ?), Willy Bredel ( ?), Ernst Kleinert ( ?), Anna Seghers, Joris Ivens, Sikierios ( ?), Paul Robeson. Toute l ’ Europe entendit la voix du congrès. TC 11.00.14 – DV 2.24.58. Des manifestations eurent lieu dans les rues de Paris et de Londres : « Donnez des armes à la République espagnole ! Donnez des armes à la République espagnole ! Donnez-lui des armes ! » TC 11.00.30 – DV 2.25.14. Le congrès prit fin le 17 juillet 1937. La lutte continua encore vingt long mois en Espagne. TC 11.00.41 – DV 2.25.26. Madrid s ’ était habituée à vivre en état de siège. Les mères venaient voir leurs fils dans les tranchées, parce qu ’ il y avait pas moyen de les voir autrement. TC 11.00.55 – DV 2.25.39. Deux ans et demi. Le premier hiver de guerre, puis le deuxième. Le froid, la queue pour le pain. TC 11.01.20 – DV 2.26.05. Les bombardements, les tirs d ’ artillerie. Un courage muet qui me força ensuite, dans Leningrad assiégée, à me souvenir de toi, Madrid, oui toi, Madrid. TC 11.01.39 – DV 2.26.24. A la fin de l ’ année 1938, espérant forcer l ’ Europe occidentale à intervenir en fin de compte, à intervenir, à interrompre l ’ immense flot d ’ armes que l ’ Allemagne et l ’ Italie apportaient à Franco, le gouvernement républicain, malgré le prix qui lui en coûtait, donna le cœur serré son accord pour le retrait d ’ Espagne des brigades internationales qui restaient. TC 11.02.03 – DV 2.26.46. Les brigades internationales quittent la terre espagnole, laissant derrière eux les innombrables tombes de leurs camarades. TC 11.02.20 – DV 2.27.05. Quelques-uns sont accueillis à Paris. Leur conscience d ’ antifascistes est tranquille. Ils ont fait tout ce qu ’ ils ont pu en Espagne, mais personne d ’ entre eux ne sait ce dont l ’ avenir sera fait. Pendant ce temps, les fascistes allemands et italiens envoient de plus en plus d ’ armes à Franco, sans que personne ne les en empêche, aucun comité de non intervention. TC 11.03.05 – DV 2.27.49. Malgré tout le courage du peuple espagnol, des communistes espagnols et de tous les anti-fascistes d ’ Espagne, la situation de la République devenait plus difficile de jour en jour. TC 11.03.24 – DV 2.28.09. Comment s ’ acheva cette lutte inégale ? On le sait, elle s ’ acheva par la défaite de la République, par le terrible exode de centaines de milliers de gens lors de l ’ hiver 1939. La fin ! C ’ est la fin ! criaient les journaux du monde entier. Et les hommes politiques occidentaux se réjouirent de la victoire de Franco à laquelle ils avaient participé. Comment donc ! Il avait fini par vaincre son propre peuple. Parce que c ’ est bien précisément son peuple qu ’ il combattait, ce peuple qui quitte à présent sa terre natale. TC 11.04.40 – DV 2.29.24. Ce jeune garçon quitte l ’ Espagne en levant le poing, un geste qu ’ il a appris dès son enfance, dans le Madrid en guerre. Pour beaucoup, il était difficile d ’ imaginer alors, dans ces temps difficiles, lequel de ces deux gestes vaincrait. [saluts fascistes] Celui-ci : « Ariba Franco ! », « El vivo Mussolini ! », « Heil Hitler ! » [poings levés] ou celui-là : le poing antifasciste. Lequel de ces deux gestes vaincra et demeurera ? TC 11.05.14 – DV 2.29.59. C ’ est la fin, la fin ! criaient les journaux du monde entier. Mais cet officier français qui serre la main d ’ un fasciste espagnol sur la frontière sait-il que dans un an et trois mois, cette fin aura une suite sur sa terre natale, sur la terre de France ? C ’ est aussi la légion Condor. Sait-il que ces camps pour les prisonniers républicains espagnols deviendront des camps allemands pour les prisonniers français antifascistes ? TC 11.05.50 – DV 2.30.35. 1944. C ’ est la photocopie d ’ une lettre de l ’ ancien premier ministre Léon Blum au commandant du camp fasciste où cet idéologue de la non intervention fut prisonnier pendant environ deux ans. Cette lettre est motivée par une raison personnelle : « Cher monsieur Obersturmführer, Je vous serais reconnaissant de bien vouloir parler au dentiste…Je vous prie de recevoir l ’ assurance mes salutations sincères, Léon Blum. » Nous ne ferons pas d ’ ironie sur le compte d ’ un vieil homme, un camp est un camp (les ennemis sont les ennemis ?), mais…cependant, cependant… « je vous prie de recevoir l ’ assurance de mes salutations sincères »... Oui, la non intervention donne ses fruits amers. TC 11.06.45 – DV 2.31.29. N ’ était-ce pas dans ce bâtiment-là de Londres que siégeait le comité de non intervention ? Cela a commencé à Madrid, continué à Rotterdam, puis à Londres. Où cela finira-t-il ? Peut-être en ce jour tragique pour Paris ? TC 11.06.58 – DV 2.31.43. Non, il y eut une suite encore plus horrible. Sur les routes d ’ Ukraine, de Biélorussie. Il sembla alors à beaucoup que c ’ était la fin. Mais la fin fut pour eux et non pour nous. TC 11.07.14 – DV 2.32.00. Les armes déposées sur la frontière espagnole furent levées par des millions d ’ antifascistes. Levées et non baissées tant que la véritable fin ne survint pas. Et c ’ est comme ça que cela finit. DV 2.32.22. Le premier « non » dit aux fascistes par les Espagnols en 1936 dans les rues de Barcelone et de Madrid retentit finalement en russe dans les rues détruites par les antifascistes du Berlin hitlérien. TC 11.07.50 – DV 2.32.39. Dans ce même Berlin, six ans auparavant, Hitler avait assisté à la parade de victoire de la légion fasciste Condor de retour d ’ Espagne. Cette « ballerine » a sur la conscience des milliers de femmes et d ’ enfants morts à Madrid. Maintenant il va venir en faire le rapport. TC 11.08.40 – DV 2.33.26. Comme ils triomphaient ! Comme ils marchaient au pas ! TC 11.09.03 – DV 2.33.48. Combien étaient-ils en Espagne ? Une armée entière ! Comme ils marchaient au pas! TC 11.09.33 – DV 2.34.19. Mon camarade espagnol, que n ’ aurais-je pas donné pour que tu voies ça, ne serait-ce qu ’ une minute avant de mourir ! Tu étais prêt à mourir une seconde fois pour voir tout ça. Si tu avais pu te relever, nous t ’ aurions raconté tout ce qui a suivi. Se peut-il que tu ignores ce qui a suivi ? Non, tu meurs sans savoir tout ça. TC 11.10.05 – DV 2.34.50. Moi non plus, je ne savais pas ce qui se passerait par la suite, en ce jour d ’ août 1936 où j ’ ai franchi la frontière espagnole la caméra sur l ’ épaule et quand j ’ ai filmé mes premières images sur la chaude terre espagnole. TC 11.10.28 – DV 2.35.12. La terre d ’ Espagne. C ’ est elle dont parlait Hemingway. Nos morts font maintenant partie intégrante de la terre espagnole. La terre espagnole ne mourra jamais. Les morts n ’ ont pas à se lever. Maintenant ils font partie de cette terre. On ne peut réduire la terre en esclavage. La terre survivra à tous les tyrans. FIN DV 2.36.05 VHS : GRE; ESP; BLU. Version extrait : VO russe.

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